Cela fait un certain temps que je n'ai pas avancé avec "l'instant décisif". Il me manque le temps pour le finaliser. J'ai du mal à bloquer le temps que j'estime nécessaire pour l'acrylique. Cela demande un peu plus d'organisation que de simplement prendre un crayon.

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"Instant décisif". Acrylique. Etape intermédiaire.

En tout cas j'ai affiné ce que j'entendais par "instant décisif". Ce moment juste avant de déclencher l'objectif. Celui où on se dit : "maintenant !". Celui qui n'était pas celui forcément prévu initialement. Celui où les autres ne sont pas vraiment prêts. Celui où on sait que ce sera bien, que le résultat sera bon.

Je pense que la durée de ce moment est variable selon le média qu'on utilise. Ce moment c'est surtout celui où vous devez absolument réaliser et finir ce que vous venez de commencer. Tout devient fluide. Cela coule. Vous savez que ce moment est fragile. Qu'il ne faut pas qu'il s'interrompe, qu'il ne faut pas qu'il s'envole. Il faut que ça sorte...

C'est ce qui m'est arrivé avec la lettre des notes précédentes. Il fallait me laisser sortir les 7 pages d'un coup. C'était comme une libération. Je m'en foutait du résultat; il fallait pas me faire chier : il fallait que cela sorte...

Henri Cartier Bresson, lui qui a rendu l'expression célèbre, n'avait pas cette définition. C'était pour lui le moment qui résumait le mieux une réalité donnée. Et alors ?

Celui qui, pour moi, décrit le mieux cet instant c'est Grand Corps Malade. Lui parle d'écriture. Je suis convaincu que c'est valable pour n'importe quelle forme d'expression. Pour ceux qui sont réfractaires au slam (les pauvres) je vous mets aussi la version "papier", la version poésie :

On a trempé notre plume dans notre envie de changer de vision
De prendre une route parallèle, comme une furtive évasion
On a trempé notre plume et est-ce vraiment une hérésie
De se dire qu’on assume et qu’on écrit de la poésie
Il existe paraît-il, un instant dans l’écriture
Qui oublie la page blanche et efface les ratures
Un véritable état second, une espèce de transe
Qui apparaît mystérieusement et s’envole en silence
Que l’on rape ou que l’on slame, on recherche ce moment
Il allume une flamme qui nous éclaire brièvement

Cette flamme est la preuve, laisse moi t’en faire une démo
Qu’il est possible de combattre le mal par les mots
C’est tout sauf une légende, on espère juste toucher l’instant
Les quelques secondes du poète qui échappent à l’espace-temps
Les moment rares et irréels que la quiétude inonde

Rouda, n’oublie jamais notre parole du bout du monde
On ressent comme une coupure dans la vie, comme un rêve
On oublie les coups durs de la vie, comme une trêve
C’est un phénomène puissant, je ne te parle pas d’inspiration
Mais d’un souffle plus profond comme une seconde respiration
On voit et on entend l’encre devenir vivante
On goûte et on sent la saveur d’une rime errante
On touche du doigt l’instant qui nous enveloppe de sa puissance
C’est sans cesse la renaissance de l’essence même de nos cinq sens
C’est le moment où on passe de l’autre côté des paysages
On sympathise avec le vent et on tutoie les nuages
Il fait jour en pleine nuit et il fait nuit en plein jour

Profite de cet instant, il ne durera pas toujours
C’est tout sauf une légende, on espère juste toucher l’instant
Les quelques secondes du poète qui échappent à l’espace-temps
Le moment où le voile se lève et la magie s’élance
Là où j’ai croisé Souleymane au bout du sixième silence
Si on a pas atteint le Nirvana, on doit en être au seuil
Pourtant je suis simplement assis là devant ma feuille
Peut-être que cet instant n’existe que dans mon esprit
Et que je suis complètement mythomane lorsque j’écris
Mais laisse moi mon stylo, y’a pas moyen que je m’arrête
J’ai une envie d’écrire comme t’as une envie de cigarette
Et pour m’enlever ce désir je te demanderais de repasser
Car tant que je pourrais écrire je continuerai de penser

Que c’est tout sauf une légende, on espère juste toucher l’instant
Les quelques secondes du poète qui échappent à l’espace-temps
Les moments que l’on redécouvre, que l’on connaît plus ou moins
Tu l’as déjà touché Jacky, j’en suis témoin
On a trempé notre plume dans notre envie de changer de vision
De prendre une route parallèle, comme une furtive évasion
On a trempé notre plume et est-ce vraiment une hérésie
De se dire qu’on assume et qu’on écrit de la poésie.

"Grand Corps Malade - Toucher l'Instant"

Ce qui est paradoxal, c'est que cet "instant décisif" soit aussi difficile à sortir sur ce tableau.

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"Instant décisif". Acrylique. Etape intermédiaire. (Zoom)

J'espère que ce moment, cet "Instant décisif" que j'ai vécu avec cette lettre m'arrivera de plus en plus souvent...