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J'ai eu le privilège de pouvoir assister en projection « privée » au film sur la collaboration entre Loisel et Tripp, deux dessinateurs de BD sur leur série Magasin général. C'était passionnant.

 

Plusieurs choses m'ont marqués :

  • L'énergie nécessaire pour produire ces dessins (une journée à 2 dessinateurs par strip – 3 cases horizontales) et l'exigence – comme cela fait mal de voir l'élaboration de cette case en accéléré où Loisel efface des pans entiers de son dessin pour le repositionner 1mm plus loin!

  • Une phrase est rentrée en résonance avec moi : « tout le monde peut avoir des idées, on en a régulièrement plein. Mais c'est l'énergie d'aller jusqu'au bout, jusqu'à sa réalisation qui fait le génie ». Si j'ai une qualité, c'est la ténacité. Cela fait-il de moi un coureur de fond ? Je démarre fort sur une idée, je la creuse. Comment en tirer parti. Comment trouver des activités qui correspondent à ce rythme ?

  • Être essoufflé. Loisel l'était. Ce n'était pas un rapide (3 ans par album) et le dernier (5ans) l'avait laissé vidé au point où il voulait abandonner la BD. Trouver un partenaire dessinateur lui a redonné l'envie, l'énergie, la stimulation. Ils en sont à 2 albums par an! Il s'agit donc bien d'essoufflement qui est réversible et non pas d'usure qui ne l'est pas.

  • Cela me fait revenir sur une interrogation : on promeut beaucoup de nos jours le collaboratif, le travail en réseau avec toujours le même discours : deux cerveaux marchent mieux qu'un seul. J'ai l'impression que ce n'est pas toujours le cas. Souvent, mais pas toujours. Cela me fait me rappeler cette expérience sur l'insécurité qui m'avait marqué : Les gens ont plus tendance à intervenir lors d'un incident, d'une agression s'ils sont seuls qu'en groupe. On se dit que les autres vont intervenir à sa place. Si les autres ne bougent pas , c'est que cela ne doit pas être si grave que cela. Quand on est une équipe, une partie se sent toujours moins impliquée que quand on est tout seul à porter le projet. OK pour le partage de compétences, OK pour le brassage d'idées. Mais est-on toujours plus créatif à plusieurs ? Le génie est-il toujours solitaire ?

Difficile de ne pas penser à mon canadien préféré en écrivant cette note avec qui j'ai eu l'une de mes meilleures collaborations sur projet.

Trois étapes d'une planche réalisées successivement par Loisel, Tripp et enfin Lapierre
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Pas de dessins perso cette fois-ci. Pourtant je viens d'avoir ma première commande officielle (même si je n'en fait pas encore mon métier !). A suivre...

Pour rester dans la philosophie canadienne facile :